Redressement judiciaire : quelle procédure et comment la demander ?
Mis à jour le 15 juin 2026 9 min de lecture
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Rédigé par Le Devis Juridique Équipe éditoriale - Rédaction juridique
Réponse synthétique
Le redressement judiciaire est une procédure qui permet à une entreprise en cessation des paiements de poursuivre son activité tout en réorganisant ses dettes. Le dirigeant doit demander l'ouverture au tribunal dans les 45 jours suivant la cessation des paiements. Le jugement ouvre une période d'observation de six mois maximum, renouvelable une fois, au terme de laquelle un plan peut être arrêté.
Le redressement judiciaire vise à poursuivre l'activité, maintenir l'emploi et apurer le passif (article L.631-1).
Il s'ouvre lorsque l'entreprise ne peut plus payer son passif exigible avec son actif disponible.
Le dirigeant doit déclarer la cessation des paiements dans les 45 jours (article L.631-4).
La demande prend la forme d'une déclaration déposée au greffe du tribunal compétent, avec des pièces justificatives.
Le jugement ouvre une période d'observation de six mois maximum, renouvelable une fois (article L.621-3).
Le plan de redressement est arrêté par le tribunal et ne peut excéder dix ans (article L.626-12).
Qu'est-ce que le redressement judiciaire ?
En bref
Une procédure pour une entreprise en cessation des paiements dont le redressement reste possible : elle poursuit son activité, gèle les dettes antérieures et prépare un plan d'apurement du passif.
Le redressement judiciaire est une procédure collective destinée à une entreprise qui ne peut plus faire face à ses dettes mais dont l'activité conserve un potentiel. Son but n'est pas la fermeture : il s'agit de poursuivre l'activité, de maintenir l'emploi et d'apurer le passif (article L.631-1 du Code de commerce). Elle est encadrée par le Livre VI du Code de commerce et concerne les commerçants, artisans, exploitants agricoles, professions indépendantes et sociétés.
Elle se distingue de deux procédures voisines. La sauvegarde s'adresse à une entreprise qui n'est pas encore en cessation des paiements mais anticipe des difficultés. La liquidation judiciaire, à l'inverse, met fin à l'activité et vend les actifs lorsque le redressement est manifestement impossible.
Quand faut-il demander un redressement judiciaire ?
En bref
Dès que l'entreprise est en cessation des paiements, et au plus tard dans les 45 jours, sauf demande de conciliation dans ce délai (article L.631-4).
La cessation des paiements est le moment où l'entreprise ne peut plus régler son passif exigible (dettes échues) avec son actif disponible (trésorerie mobilisable). Ce n'est ni un simple découvert, ni une baisse de chiffre d'affaires : c'est l'impossibilité concrète de payer ce qui est dû.
Le dirigeant doit demander l'ouverture de la procédure au plus tard dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, sauf s'il a, dans ce délai, demandé l'ouverture d'une procédure de conciliation (article L.631-4). Agir tôt est un signe de bonne foi et augmente les chances d'obtenir un redressement plutôt qu'une liquidation.
Attention
Demander l'ouverture au-delà du délai de 45 jours, sans avoir sollicité de conciliation, peut être reproché au dirigeant et fonder une sanction telle qu'une interdiction de gérer.
Comment demander l'ouverture de la procédure ?
En bref
Par une déclaration de cessation des paiements déposée au greffe du tribunal compétent, accompagnée des pièces comptables et de la liste des créanciers.
La demande ne prend pas la forme d'une simple lettre, mais d'une déclaration de cessation des paiements (souvent appelée « dépôt de bilan ») déposée au greffe du tribunal compétent. Le tribunal de commerce est compétent pour les commerçants et les artisans ; le tribunal judiciaire l'est pour les autres débiteurs (professions libérales, exploitants agricoles, associations).
Ce que la déclaration doit contenir
L'identification de l'entreprise : dénomination, forme juridique, SIREN, siège social, activité.
L'identité et la fonction du dirigeant.
La date précise de la cessation des paiements.
L'état chiffré de l'actif et du passif, et la liste des créanciers avec les montants dus.
Le nombre de salariés et le chiffre d'affaires récent.
Les comptes annuels, une situation de trésorerie et les pièces justificatives demandées.
Modèle de déclaration au tribunal
Le greffe met à disposition un formulaire de déclaration. Si vous accompagnez ce dépôt d'un courrier, il peut suivre cette trame :
[Dénomination, forme juridique, SIREN, siège]
[Nom, prénom et fonction du dirigeant]
[Lieu et date]
À l'attention du greffe du tribunal compétent
Objet : déclaration de cessation des paiements et demande d'ouverture d'un redressement judiciaire
Madame, Monsieur,
Je déclare que la société [dénomination] se trouve en état de cessation des paiements depuis le [date]. Elle ne peut plus faire face à son passif exigible, estimé à [montant], avec son actif disponible, estimé à [montant].
L'entreprise conserve toutefois un potentiel d'activité. Je sollicite l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire afin de poursuivre l'exploitation, de maintenir les [nombre] emplois et d'apurer le passif dans le cadre d'un plan.
Vous trouverez ci-joint les pièces requises : comptes annuels, situation de trésorerie, état de l'actif et du passif, et liste des créanciers.
Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée.
[Signature]
Attention
Une déclaration incomplète ou inexacte, par exemple des créanciers omis ou des montants erronés, peut être écartée par le tribunal et, en cas de fausses informations, engager la responsabilité du dirigeant.
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Comment se déroule la procédure, étape par étape ?
En bref
Dépôt de la déclaration, jugement d'ouverture, nomination des organes, période d'observation de six mois maximum, puis plan de redressement ou liquidation.
1
Déposer la déclaration
Déposer la déclaration de cessation des paiements au greffe, dans les 45 jours, avec les pièces comptables et la liste des créanciers.
2
Audience et jugement d'ouverture
Le tribunal entend le dirigeant, fixe la date de cessation des paiements et prononce l'ouverture du redressement judiciaire.
3
Nomination des organes
Le tribunal désigne un juge-commissaire, un mandataire judiciaire qui représente les créanciers et, le cas échéant, un administrateur judiciaire.
4
Période d'observation
D'une durée de six mois maximum, renouvelable une fois (article L.621-3). L'activité continue et les dettes antérieures sont gelées.
5
Bilan et projet de plan
La situation économique et sociale est analysée, puis un projet de plan de redressement est préparé avec le dirigeant.
6
Plan de redressement ou liquidation
À l'issue de l'observation, le tribunal arrête un plan (d'une durée maximale de dix ans, article L.626-12) ou prononce la liquidation.
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L'activité se poursuit et les poursuites des créanciers antérieurs sont suspendues. Le dirigeant reste en place, sous la surveillance ou l'assistance de l'administrateur.
À la différence de la liquidation, le redressement n'entraîne pas, par principe, le dessaisissement du dirigeant : il continue de diriger l'entreprise, sous la surveillance ou avec l'assistance de l'administrateur judiciaire selon la mission fixée par le tribunal (article L.631-12). L'ouverture du redressement suspend les poursuites individuelles des créanciers et gèle le paiement des dettes nées avant le jugement (article L.622-21, applicable au redressement).
Ce que la procédure protège
Les créanciers antérieurs ne peuvent plus engager ni poursuivre une action en paiement.
Les dettes nées avant le jugement sont gelées et ne peuvent être réglées pendant l'observation.
L'entreprise poursuit son activité et continue de générer du chiffre d'affaires.
Ce que la procédure encadre
Certains actes de gestion importants doivent être autorisés par le juge-commissaire.
Le dirigeant doit coopérer avec les organes et remettre tous les documents demandés.
Une faute de gestion peut, dans certains cas, engager la responsabilité personnelle du dirigeant.
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Combien coûte une procédure de redressement judiciaire ?
En bref
Les frais de greffe sont modérés. Les mandataires de justice sont rémunérés selon un tarif réglementé, prélevé sur l'entreprise. L'avocat reste facultatif.
Le coût d'un redressement judiciaire ne repose pas, pour l'essentiel, sur le dirigeant à titre personnel : la rémunération des organes de la procédure est prélevée sur les fonds de l'entreprise, dans le cadre fixé par la procédure.
PosteCoût indicatifCe qui fait varier le prix
Dépôt de la déclaration au greffeQuelques dizaines d'eurosJuridiction compétente
Mandataires de justice (administrateur, mandataire judiciaire)Tarif réglementéTaille de l'entreprise, actifs, complexité
Avocat (facultatif)500 à 2 000 €Complexité du dossier, région, cabinet
Tarifs indicatifs. La rémunération des mandataires de justice suit un tarif réglementé et est prélevée sur l'entreprise.
Redressement ou liquidation judiciaire : quelle différence ?
En bref
Le redressement maintient l'activité et réorganise les dettes ; la liquidation arrête l'activité et vend les actifs pour payer les créanciers.
Le redressement judiciaire
L'entreprise poursuit son activité. Ses dettes sont gelées puis réorganisées dans un plan. C'est une solution de continuation, choisie quand l'activité reste viable.
La liquidation judiciaire
L'activité cesse et les actifs sont vendus pour rembourser les créanciers. Elle est prononcée quand le redressement est manifestement impossible.
La sauvegarde
Réservée à l'entreprise pas encore en cessation des paiements mais qui anticipe des difficultés. Elle se demande avant l'état de cessation des paiements.
Erreurs à éviter
Les pièges classiques d'une demande de redressement
Attendre au-delà des 45 jours pour déclarer la cessation des paiements.
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