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Abus de majorité en assemblée générale : comment le contester ?

Mis à jour le 16 juin 2026 10 min de lecture
Rédigé par Le Devis Juridique
Équipe éditoriale - Rédaction juridique
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Réponse synthétique
L'abus de majorité est une décision d'assemblée contraire à l'intérêt social, prise dans l'unique but de favoriser les associés majoritaires au détriment des minoritaires. L'associé lésé peut en demander l'annulation devant le tribunal compétent, dans un délai de trois ans à compter de la délibération, et réclamer des dommages-intérêts dans un délai de cinq ans. Une tentative amiable est conseillée au préalable.
  • L'abus suppose deux conditions cumulatives : décision contraire à l'intérêt social et rupture d'égalité au profit des majoritaires.
  • L'annulation de la délibération se demande dans un délai de 3 ans (article L235-9 du Code de commerce).
  • L'action en réparation du préjudice se prescrit, elle, par 5 ans.
  • Le tribunal de commerce juge les sociétés commerciales (SARL, SAS, SA), le tribunal judiciaire les sociétés civiles.
  • Les preuves clés : procès-verbaux, comptes sociaux, statuts et échanges écrits.
  • Le juge peut annuler la décision, indemniser le préjudice et, dans les cas graves, dissoudre la société.

Qu'est-ce que l'abus de majorité ?

En bref
Une décision d'assemblée contraire à l'intérêt social, prise dans l'unique dessein de favoriser les majoritaires au détriment des minoritaires. Voter pour ses intérêts n'est pas, en soi, abusif.

Détenir la majorité permet légitimement de décider, y compris dans son intérêt. L'abus commence lorsque la décision rompt l'égalité entre associés et nuit à la société elle-même. Le principe de bonne foi et l'intérêt commun des associés encadrent ce pouvoir (article 1833 du Code civil). La notion a été dégagée par la Cour de cassation, qui exige deux éléments réunis.

À quelles conditions une décision est-elle abusive ?

En bref
Deux conditions cumulatives : la décision est contraire à l'intérêt social, et elle est prise dans l'unique dessein de favoriser les majoritaires au détriment des minoritaires.
  • Contraire à l'intérêt social : la décision dessert la société, sans justification objective.
  • Rupture d'égalité : elle avantage les majoritaires au détriment direct des minoritaires.
  • Le préjudice doit être réel et démontrable, pas un simple sentiment d'injustice.
  • Une décision régulière sur la forme (quorum, vote) peut malgré tout être jugée abusive.
  • Exemples : rémunération du gérant majoritaire augmentée sans justification, ou dilution organisée des minoritaires.

Quelles décisions sont le plus souvent abusives ?

En bref
La rétention systématique des bénéfices, les rémunérations majorées des gérants, les augmentations de capital diluantes et l'exclusion de fait des minoritaires.
  • Mise en réserve systématique des bénéfices, sans dividende, alors que les majoritaires se rémunèrent autrement.
  • Augmentation injustifiée de la rémunération des gérants majoritaires.
  • Augmentation de capital à un prix tel que seuls les majoritaires peuvent souscrire, qui dilue les minoritaires.
  • Exclusion de fait : refus de communiquer les comptes, mise à l'écart des décisions.
  • Création de catégories d'actions ou modification des droits de vote réduisant le poids de la minorité.

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Comment contester un abus de majorité ?

En bref
Réunir les preuves, tenter un règlement amiable par mise en demeure ou médiation, puis saisir le tribunal compétent pour faire annuler la décision et réparer le préjudice.
1
Documenter l'abus
Rassembler les procès-verbaux d'assemblée, les comptes sociaux des dernières années, les statuts et les échanges écrits. Sans preuves, l'action est fragile.
2
Exprimer son désaccord par écrit
Faire consigner son opposition au procès-verbal et adresser une mise en demeure recommandée détaillant les faits, l'abus et le préjudice.
3
Tenter une solution amiable
Proposer une médiation ou une conciliation, souvent plus rapides et moins coûteuses qu'un procès, et qui témoignent de votre bonne foi devant le juge.
4
Saisir le tribunal compétent
À défaut d'accord, saisir le tribunal de commerce pour une société commerciale, ou le tribunal judiciaire pour une société civile, afin de demander l'annulation et des dommages-intérêts.
Attention
Avoir voté la décision contestée ou ne pas s'y être opposé affaiblit nettement une action ultérieure. Faites consigner votre désaccord par écrit dès l'assemblée.

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Quels délais pour agir ?

En bref
L'annulation se demande dans les 3 ans à compter de la délibération. La réparation du préjudice se prescrit par 5 ans. L'appel est ouvert un mois après le jugement.
  • Annulation de la délibération : 3 ans à compter du jour de l'assemblée (article L235-9 du Code de commerce, article 1844-14 du Code civil pour les sociétés civiles).
  • Dommages-intérêts pour le préjudice subi : 5 ans (prescription de droit commun).
  • Appel du jugement : un mois à compter de sa signification.
  • Le délai d'annulation court vite : agir sans tarder dès la connaissance de l'abus.
Attention
Passé le délai de trois ans à compter de la délibération, l'action en annulation est prescrite et la décision devient définitive, même si l'abus est réel.

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Combien coûte une action et qui paie les frais ?

En bref
Comptez 1 500 à 8 000 euros d'honoraires selon la complexité. La partie perdante supporte en principe les dépens. L'aide juridictionnelle est possible selon les ressources.

Les honoraires d'avocat ne sont pas réglementés et varient selon la complexité du dossier et la place du cabinet. Pour limiter les frais, la voie amiable ou la médiation reste souvent plus économique qu'un contentieux.

PosteCoût indicatifCe qui fait varier le prix
Consultation d'avocat150 à 300 eurosComplexité du dossier
Mise en demeure300 à 600 eurosEnjeux et nombre d'associés
Procédure, première instance2 000 à 5 000 eurosTechnicité, expertise comptable
Affaire très litigieuseau-delà de 8 000 eurosExpertise, résolutions multiples
Signification par commissaire de justice150 à 300 eurosActe requis pour l'assignation
Expertise comptable éventuelle500 à 2 000 eurosÉvaluation du préjudice
Tarifs indicatifs, honoraires libres. La partie perdante supporte en principe les dépens (article 696 du Code de procédure civile) et peut devoir une indemnité au titre des frais irrépétibles (article 700).

Quelles sanctions le juge peut-il prononcer ?

En bref
L'annulation rétroactive de la décision, des dommages-intérêts, la restitution des sommes captées et, dans les cas extrêmes, la dissolution de la société.
  • Annulation de la délibération : elle est réputée n'avoir jamais existé, ses effets sont anéantis.
  • Dommages-intérêts : réparation du manque à gagner, de la perte de valeur des parts et du préjudice moral.
  • Restitution : remboursement à la société des rémunérations ou sommes captées abusivement.
  • Dissolution pour justes motifs en cas de mésentente paralysant le fonctionnement (article 1844-7 du Code civil), mesure rare et grave.

Questions fréquentes

DANS CET ARTICLE Qu'est-ce que l'abus de majorité ?
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